Ci-dessous, un résumé très succinct du Clair Miroir.
La particule génitive གི་
Le sixième cas (classique), le génitif འབྲེལ་སྒྲ་, est indiqué par un morphème ayant cinq variantes combinatoires : ཀྱི་གི་གྱི་འི་ཡི་. Ces variantes dépendent du graphème final de la syllabe précédente. La combinatoire est la suivante :
Après ད་བ་ས་ = ཀྱི་
Après ན་མ་ར་ལ་ = གྱི་
Après ག་ང་ = གི་
Après le graphème འ་ et lorsqu'il n’y a pas de graphème après la consonne susceptible de porter la voyelle, (ou encore pour respecter la métrique) = on ajoute la syllabe ཡི་ ou l'on met le འི་.
La particule génitive-relative གི་ a deux fonctions (l'une casuelle et l'autre non-casuelle) :
- Elle relie le déterminant et le déterminé.
- Elle marque l'adversatif qui introduit une opposition entre deux propositions.
La marque du déterminant གི་. La marque GI après un substantif, un syntagme ou un synthème, indique uniquement et de façon manifeste le lien entre un déterminant et un déterminé, que ceux-ci soient des noms, des syntagmes nominaux ou verbaux. Elle ne montre en aucune façon le déroulement d'un procès ou d'une action.
- La relation de possession
- La relation d’appartenance
- La relation entre le lieu et l'objet qui s'y trouve
- La relation qualitative: qualifié / qualifiant
- La relation entre un déterminant et un déterminé dont la nature (sémantique) est identique.
Il y a encore beaucoup de types de relation, mais de toute façon, quelle que soit la nature de la relation, celle-ci ne dépasse jamais le cadre de la relation entre déterminant et déterminé.
- La particule adversative. Traductions : “Mais, tandis que, etc.” Les cinq variantes du génitif-relatif གི་ peuvent servir aussi comme particules non casuelles. Dans ce cas, la particule est placée après un verbe, à la fin d'une proposition subordonnée, et introduit alors une opposition avec la proposition qui suit.
Résumé des fonctions du génitif en tibétain
Les principales fonctions du génitif en tibétain
- Possession : indique le possesseur d'un objet ou d'une qualité
- Origine ou provenance : marque la source ou l'origine de quelque chose
- Relation : exprime un lien entre deux éléments
- Composition : indique de quoi une chose est faite ou composée
- Caractérisation : décrit une qualité ou une caractéristique
- Subordination : marque une relation hiérarchique ou de dépendance
- Partitif : exprime une partie d'un ensemble
- Temps : indique un moment ou une période
- Lieu : désigne un emplacement ou une direction
Formation du génitif
Le génitif en tibétain est généralement formé en ajoutant la particule གི་ (gi), ཀྱི་ (kyi), གྱི་ (gyi) ou འི་ ('i) à la fin d'un mot, selon les règles phonétiques spécifiques.
Utilisation dans la phrase
Le génitif se place généralement avant le nom qu'il qualifie ou auquel il se rapporte, créant ainsi une structure "possesseur + possédé" ou "qualifiant + qualifié".
Note : Les fonctions exactes et les nuances du génitif peuvent varier selon le contexte et l'usage. Une bonne compréhension de la grammaire tibétaine et du contexte est essentielle pour une utilisation correcte.
L’ergatif-instrumental
Le troisième cas, l'ergatif-instrumental, est un morphème ayant, lui aussi, cinq variantes combinatoires : ཀྱིས་ གིས་ གྱིས་ འིས་ ཡིས་.
Ces variantes dépendent du graphème final de la syllabe précédente. La combinatoire est la suivante :
Après ད་བ་ས་ = ཀྱིས་
Après ན་མ་ར་ལ་ = གྱིས་
Après ག་ང་ = གིས་
Après le graphème འ་ et lorsqu'il n’y a pas de graphème après la consonne susceptible de porter la voyelle, (ou encore pour respecter la métrique) = on ajoute la syllabe ཡི་ ou l'on met le འི་.
I. Syntaxe et sémantique
L'ergatif-instrumental a trois fonctions. Il marque l'agent (ergatif), l'instrument ou la cause (l'origine). Chacune de ces trois fonctions va être examinée à tour de rôle.
L'ergatif (la marque de l’agent)
Lorsqu'un agent accomplit une action exprimée par un verbe différentiatif (བྱ་ཚིག་ཐ་དད་པ་) l'agent est marqué par l'ergatif. C'est la première fonction. Dans ce cas, certains auteurs parlent d’ “agent principal” (བྱེད་པ་པོ་གཙོ་བོ་) ou “agentif principal” (བྱེད་སྒྲ་གཙོ་བོ་).
L’instrumental
Selon le verbe, différentiatif ou indifférentiatif, il convient de distinguer l’ “instrumental directement dépendant de l’agent” (བྱེད་པ་པོ་དང་དངོས་སུ་འབྲེལ་བའི་བྱེད་པ་) de celui qui est indépendant de l'agent. Avec les verbes différentiatifs, l'instrumental dépendant directement de l'agent indique l'instrument avec lequel est effectuée une action, ou bien la manière dont est effectuée cette action.
La fonction causale པས་ བས་ གིས་
L'instrumental placé à la suite d'un syntagme peut aussi indiquer la cause (du procès) exprimée dans le syntagme verbal qui suit. La fonction causale peut être exprimée de deux façons:
- La première consiste à ajouter le morphème པས་ / བས་ après un syntagme verbal,
- La seconde est l'utilisation d'auxiliaires, de synthèmes, de locutions adverbiales (composées en général de deux morphèmes, dont l'un est un morphème lexical exprimant un sens proche de 'cause' ou 'moyen' ; et l'autre est la marque de l'instrumental elle-même). [Les sens de ces différentes expressions indiquant la cause recouvrent des nuances sémantiques qui peuvent poser des problèmes de traduction].
L’oblique, le datif-locatif ལ་དོན་གྱི་སྒྲ་
Il y a sept variantes (combinatoires) pour cette marque སུ་ར་རུ་དུ་ན་ལ་ཏུ་.
Le morphème ལ་ et les autres variantes forment cc qui est appelé: "les sept particules ayant le sens de ལ་ : ལ་དོན་གྱི་སྒྲ་. [Nous l'appellerons la marque oblique]. Parmi ces sept variantes (allomorphes) deux seulement, ལ་ et ན་, sont des variantes libres, Les cinq autres dépendent de la dernière lettre de la syllabe précédente.
Après ས་ = སུ་
Après ག་ et བ་ = ཏུ་
Après ང་ / ད་ / ན་ / མ་ / ར་ / ལ་ = དུ་
Après འ་ ou lorsqu'il n'y a pas de lettre finale (à la suite de la voyelle) = ར་ et dans le cas où la métrique le demande = རུ་.
La marque oblique ayant de nombreuses fonctions. Globalement elle indique : L’incidence, le lieu ou la direction de l’action.
D'après les commentaires traditionnels, la marque oblique est divisée en trois cas selon le modèle sanskrit :
- 2ème cas: ལས་སུ་བྱ་བ་
- 4ème cas: དགོས་ཆེད་
- 7ème cas: གནས་གཞི་ལ་འཇུག་པ་
En règle générale, la marque oblique indique dans le cas du ལས་སུ་བྱ་བ་ : le point d'incidence, (l'objet indirect marqué) de l'action.
L’ablatif ནས་ / ལས་ - འབྱུང་ཁུངས་ཀྱི་སྒྲ་
ནས་ / ལས་ L'ablatif montrant la source ou la provenance est indiqué par deux marques invariables ནས་ et ལས་. On peut employer les marques ནས་ ou ལས་ pour indiquer en général l'origine ou la provenance d'un objet འབྱུང་ཁུངས་ཀྱི་སྒྲ་.
ནས་ marque les constructions superlatives. “བྱའི་ནང་ནས་རྨ་བྱ་གཟུགས་མཛེས་ Le paon est le plus beau des oiseaux.”
ལས་ marque les constructions comparatives. La marque ལས་ est ici en fonction de comparatif (ནས་ n'est pas employé). La marque ལས་ se place après l'objet comparé et précède l'objet comparant. “ཁྲུང་ཁྲུང་ལས་རྨ་བྱ་གཟུགས་མཛེས་ Le paon a une plus belle apparence que la grue.”
- La marque ནས་ indiquant une délimitation. Cette fonction sert à délimiter les bornes d'un objet ou d'un intervalle sans expliciter l'intermédiaire. ནས་ fixe la borne inférieure et བར་ fixe la borne supérieure (ལས་ est dans ce cas impossible).
- La marque ནས་ indiquant l’agent. Cette fonction particulière de l'ablatif est tout à fait semblable à l'ergatif. Elle n'est mentionnée dans aucune grammaire. Cependant, on la trouve dans les textes anciens, aussi bien que dans beaucoup d'écrits (jusqu'à nos jours). Nous estimons qu'il faut reconnaître cette fonction assez fréquente de la marque ནས་.
- La marque ནས་ indiquant un circonstant de manière. La marque ནས་ est associée à d'autres post-positions formant ainsi des synthèmes qui introduisent des circonstanciels de manière. “སྒོ་ནས་ à la manière, de façon à”.
- La particule ནས་ indiquant un rapport d'antériorité est postposée à un verbe au passé. La particule indique l'antériorité de la proposition subordonnée (marquée par ནས་ ) par rapport à la principale.
- Lorsque deux propositions s'opposent sémantiquement, on peut introduire la seconde proposition en plaçant ལས་ à la fin de la première. L'emploi de ལས་ dans cette fonction est à peu près semblable à la postposition མ་གཏོགས་ utilisée dans la langue parlée et à la particule གི་ dans la langue écrite.
Traductions: "à part, sauf, excepté, mais, rien que, seulement, ne ... que”.
La particule ལས་ en fonction de connecteur temporel. Semblable à celle des suffixes verbaux བས་ན་ / ཞིང་ / སྐབས་སུ་ de la langue écrite. Traductions: "alors que, lorsque, puis, ensuite, et ... " Cette fonction n'est mentionnée nulle part dans les grammaires, elle est considérée comme étant semblable à l'ablatif. Cependant dans de nombreux textes elle est un des connecteurs temporels préférés.
Les particules du type ཞིང་
ཞིང་ / ཅིང་ / ཤིང་ Voilà une particule morphologiquement variable ཞིང་ / ཅིང་ / ཤིང་.
La particule ཞིང་ coordonne en général les syntagmes nominaux, adjectivaux et verbaux. Lorsqu'on examine en détail, il y a trois cas:
- Convergence sémantique,
- Connecteur temporel (simultanéité),
- Connecteur adjonctif.
La particule ནི་
La particule ནི་ a été abondamment utilisée par le passé et l'est encore actuellement. Contrairement aux cas et aux particules, elle ne sert pas à coordonner les mots (ni à indiquer une fonction casuelle), D'après la grammaire ལྗོན་དབང་ la particule ནི་ sert soit à isoler, soit à souligner. (Elle aurait donc essentiellement deux significations). Mais il semble, en fait, que l'on puisse distinguer trois fonctions assez différentes les unes des autres.
- Le thématiseur. Traduction : “Quant à”. Cependant dans la plupart des cas il s'avère inutile de le traduire.
- La marque de l’emphase. Traductions : "même", ou : répétition du pronom "rDo rje, lui-même”.
- La fonction métrique. Dans les chants et la poésie, lorsqu'il manque un pied, il est permis, pour compléter le vers, d'employer la particule ནི་. C'est un recours très fréquemment utilisé, même de nos jours, La particule ནི་ est déjà présente dans les poésies les plus anciennes au mètre dactylique, comme dans les manuscrits de Dunhuang, où elle occupe souvent la troisième place dans un vers de six syllabes, Plus tard sa position devient variable, (par ex, : 3ème syllabe sur 7, ou 7ème syllabe sur 7).
Le connecteur སྟེ་
ལྷག་བཅས་ lit. : particule indiquant un reste.
- MORPHOLOGIE
Cette particule a trois variantes combinatoires :
Si la dernière lettre du mot précédent est ན་ར་ལ་ས་ ou bien s'il s'agit d’un ད་ (ད་དྲག་) surajouté (dans la graphie archaïque) on emploie seulement la variante ཏེ་ ; après la dernière lettre -ད་ on emploie དེ་ ; et enfin après les cinq lettres finales ག་ང་བ་མ་འ་ ainsi qu'après la racine lorsqu'elle apparaît sans lettre finale, on aura la variante སྟེ་.
II. SYNTAXE ET SEMANTIQUE
Lorsque le sens d'une proposition pour être complet dépend d'une seconde proposition, la particule སྟེ་ sert à montrer que celle-ci va immédiatement suivre, Ce connecteur est appelé ལྷག་བཅས་ཀྱི་སྒྲ་ (particule indiquant un reste). On peut mettre en évidence quatre fonctions différentes:
- Connecteur temporel མཚམས་སྦྱོར་ལྷག་བཅས་ (lit. : coordonne le reste).
- Connecteur explicatif དམ་བཅའ་ལྷག་བཅས་ (lit. : "promesse" d'expliciter ce qui précède grâce à ce qui suit).
- Connecteur adjonctif བཞན་འདྲེན་ལྷག་བཅས་ (lit. : "introduit un reste, une suite dont le sens est différent de ce qui précède).
- Connecteur adversatif (cette catégorie est introduite pour la première fois par Kesang Gyurmé པྱི་ཙིག་འགལ་བ་ (lit.: contredit la proposition suivante).
La particule ན་
Elle introduit les propositions conditionnelles ou hypothétiques.
La marque du pluriel རྣམས་
Cette marque du pluriel est placée à la fin d’un mot ou groupe de mots.
La particule finale འོ་
La particule finale འོ་ et ses variantes གོ་ངོ་དོ་ནོ་བོ་མོ་འོ་རོ་ལོ་སོ་ཏོ་ marquent la fin d'une proposition. C’est un bon indicateur pour savoir que nous arrivons à la fin d’un paragraphe ou d’une phrase.
La particule དང་
La particule དང་ a essentiellement quatre fonctions :
- celle de connecteur (adjonctif)
- de préposition verbale
- de marqueur optatif et enfin
- de connecteur temporel.
Les cinq fonctions mentionnées dans les Trente slokas : assembleur, séparateur, particule causale, temporelle et optatif, ne nous semblent pas être pertinentes. Il n'est donc pas utile de suivre l'analyse traditionnelle à la lettre.
ཕྱིར་ « afin que », « puisque »
ཕྱིར་ permet de dire « afin que », « puisque », « pour cette raison ».
La particule causale ཕྱིར་ précédée d'un verbe nominalisé par པ་ semblable aux locutions དབང་གིས་ et རྐྱེན་གྱིས་ indique la cause. En langue parlée, elle correspond à ཙང་.
La structure est : V (verbe au passé) + པ་ + GEN + ཕྱིར་.
Le connecteur ཀྱང་ / ཡང་ / འང་
Particule ornementale de convergence sémantique.
Cette particule a trois variantes combinatoires: ཀྱང་ / ཡང་ / འང་
Après ག་ད་བ་ས་ = ཀྱང་
Après ང་ན་མ་ར་ལ་ = ཡང་
Après འ་ ou lorsqu'il n'y a pas de lettre finale (à la suite de la voyelle) = འང་
et, pour équilibrer la métrique = ཡང་
La "particule ornementale de convergence sémantique" a trois fonctions:
- Intensif : “Vraiment, très”. La particule placée entre deux adjectifs ou deux verbes sert à les rassembler. Elle a pour rôle d'embellir la proposition et est appelée généralement "ornement de mots à sens convergent".
- Adversatif : “Mais, cependant, même si”. Elle indique une opposition entre deux propositions, en visant principalement la seconde. Celle-ci est introduite par la particule adversative.
- Additif : “aussi, plus, encore, même si…”. L'additif peut apparaître après n'importe quel syntagme nominal ou n'importe quel cas. Grâce à cette particule, il n'est pas nécessaire de repréciser les éléments énoncés précédemment car elle indique naturellement l'ellipse.
Particule de généralisation གང་
གང་ est un ཚིག་ཕྲད་, un connecteur de phrase. Voici l’explication qu’en donne Tony Duff (Illuminator) : "Qui", "quoi", "lequel". Il fait partie d'un groupe de quatre connecteurs de phrase appelés སྤྱི་ལ་ཁྱབ་པའི་ཚིག་ཕྲད་ "connecteurs de phrase de généralité". Il peut fonctionner de trois manières :
1) en tant que généralité réelle non interrogative ;
2) en tant que particulier non interrogatif ; et
3) en tant qu'interrogatif. Ces trois usages correspondent au français comme suit.
1) en tant que généralité réelle non interrogative ;
2) en tant que particulier non interrogatif ; et
3) en tant qu'interrogatif. Ces trois usages correspondent au français comme suit.
1) En tant que véritable généralité, il est utilisé pour signifier "lequel", "quoi", "qui", "certains" lorsqu'aucun élément spécifique n'est choisi.
2) En tant que terme de généralité qui désigne un élément spécifique, il est utilisé pour signifier "lequel", "quoi", "qui", "certains" lorsqu'il est fait référence à quelque chose de particulier.
3) En tant que généralité interrogative, il est utilisé pour signifier "quoi ?", "lequel ?", "qui ?", et moins fréquemment "comment ?”, “Comment ?”.
2) En tant que terme de généralité qui désigne un élément spécifique, il est utilisé pour signifier "lequel", "quoi", "qui", "certains" lorsqu'il est fait référence à quelque chose de particulier.
3) En tant que généralité interrogative, il est utilisé pour signifier "quoi ?", "lequel ?", "qui ?", et moins fréquemment "comment ?”, “Comment ?”.
Le Clair Miroir dit ceci à propos de གང་ : En général, les quatre particules ཅི་, ཇི་, སུ་, གང་ remplacent des noms. Elles sont appelées (traditionnellement) particules de généralisation. (Ce terme inclut aussi bien les interrogatifs que les indéfinis et les corrélatifs). Ceux-ci indiquent un sens général qui ne désigne pas un référent particulier et ont la valeur de pronoms.
Liste comparative des interrogatifs et indéfinis (non exhaustive) :
- གང་ Que, quoi, quel ?
- གང་ནས་ D’ou ?
- གང་འདྲ་ Comment ? De quelle façon ?
- གང་དུ་ Où ?
- གང་ཞིག་ Un certain, quel que soit, quoi que ce soit.
- གང་ཅིའི་ཐད་ Quel que soit le cas
- གང་ལྟར་ De toute manière
- གང་ཡང་ Rien + négation
- གར་ཡང་ Partout